Banques, TSMC, ASML : les résultats vont tester les deux moteurs de Wall Street

Les résultats des grandes banques américaines, d’ASML et de TSMC vont mesurer la résistance de l’économie et la solidité des investissements dans l’IA.

Salle de réunion lumineuse avec rapports financiers et maquette d’une usine de semi-conducteurs face aux horizons de New York et de Taïwan
Banques, TSMC, ASML : les résultats vont tester les deux moteurs de Wall Street Illustration éditoriale. Création éditoriale BIZCONIA avec assistance d’un outil d’IA · Crédit et conditions.

Rédigé avec l'assistance d'un outil d'intelligence artificielle, relu et publié par Fritz Maignan. Les sources sont indiquées en fin d'article. Notre méthode

Article fondé sur des sources institutionnelles et publiques. Les faits, le contexte et les zones d’incertitude sont distingués afin de faciliter une lecture critique.

Wall Street s’apprête à examiner deux versions très différentes de l’économie mondiale.

La première apparaîtra dans les comptes de JPMorgan Chase, Citigroup, Wells Fargo, Goldman Sachs, Bank of America et Morgan Stanley. Ces établissements voient circuler les dépôts, les paiements par carte, les prêts aux entreprises, les crédits immobiliers et les transactions financières. Leurs résultats offrent donc un aperçu particulièrement large de l’activité américaine.

La seconde lecture viendra de l’industrie des semi-conducteurs. ASML fournit les machines nécessaires à la fabrication des puces les plus avancées. TSMC produit une grande partie des processeurs utilisés dans les smartphones, les serveurs et les infrastructures d’intelligence artificielle. Ensemble, leurs résultats permettront d’évaluer si le boom des investissements dans l’IA continue de se traduire en commandes, en capacités industrielles et en bénéfices.

Le moment est délicat. Le S&P 500 évolue près de ses records, tandis que les valeurs technologiques ont déjà intégré des attentes élevées. Dans le même temps, la remontée des rendements obligataires et du pétrole ravive les interrogations sur l’inflation, le coût du crédit et les valorisations. Lundi 12 octobre, le S&P 500 a légèrement reculé et le Nasdaq a perdu 0,4 %, alors que le Brent dépassait 106 dollars le baril.

Les entreprises n’auront donc pas seulement à publier de bons chiffres. Elles devront expliquer pourquoi leur croissance peut se poursuivre.

Les banques ouvrent la saison des résultats

JPMorgan Chase, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs doivent publier leurs résultats du troisième trimestre mardi 13 octobre. Bank of America et Morgan Stanley suivront mercredi 14 octobre. Les calendriers officiels confirment notamment une conférence de JPMorgan à 8 h 30, heure de l’Est, et celle de Wells Fargo à 10 heures.

Cette concentration donnera rapidement une image des forces et des fragilités du secteur financier américain.

Selon les estimations de Visible Alpha rapportées par S&P Global Market Intelligence, les revenus des quatre grandes banques de réseau devraient encore progresser sur un an. JPMorgan afficherait la croissance la plus forte, devant Citigroup, Bank of America et Wells Fargo. Leur revenu net d’intérêts cumulé est attendu autour de 72,8 milliards de dollars, soit une progression proche de 10 %.

Le revenu net d’intérêts correspond, de manière simplifiée, à la différence entre les intérêts encaissés sur les prêts et ceux versés aux déposants et aux autres fournisseurs de financement. Des taux élevés peuvent soutenir cet indicateur, mais seulement jusqu’à un certain point.

Lorsque les rendements montent trop rapidement, les banques doivent parfois augmenter la rémunération des dépôts pour conserver leurs clients. La demande de crédit peut également ralentir. Les entreprises reportent certains investissements, les ménages hésitent davantage avant de contracter un prêt immobilier et le coût du refinancement augmente.

Voilà pourquoi « des taux plus élevés » ne signifie pas automatiquement « davantage de profits pour les banques ».

Le consommateur américain sous observation

Les commentaires de JPMorgan, Bank of America, Wells Fargo et Citigroup sur leurs portefeuilles de cartes de crédit seront particulièrement importants.

Le marché cherchera des réponses à plusieurs questions concrètes : les ménages continuent-ils de rembourser normalement ? Les défauts augmentent-ils dans certaines catégories de revenus ? Les soldes de cartes progressent-ils parce que la consommation résiste, ou parce que davantage de ménages utilisent le crédit pour absorber la hausse du coût de la vie ?

Une augmentation des provisions pour pertes sur prêts ne serait pas nécessairement le signe d’une crise imminente. Elle pourrait refléter une normalisation après plusieurs années exceptionnellement favorables. Mais une hausse rapide des retards de paiement, accompagnée d’un durcissement des critères de crédit, modifierait la lecture de l’économie américaine.

Les banques peuvent aussi révéler ce que les statistiques nationales montrent moins clairement : les différences entre les ménages aisés, qui bénéficient davantage de la progression des marchés financiers, et les consommateurs plus fragiles, exposés au coût du logement, de l’énergie et du crédit.

Les taux élevés créent un test à double tranchant

La récente remontée des rendements des bons du Trésor constitue un autre point sensible.

Les banques peuvent bénéficier de taux plus élevés lorsqu’elles prêtent à des conditions plus rentables. En revanche, la hausse des rendements réduit la valeur de marché des obligations plus anciennes qui versent des coupons inférieurs. Elle peut également ralentir les émissions de dette, les introductions en Bourse, les fusions-acquisitions et les financements immobiliers.

Les investisseurs surveilleront donc quatre indicateurs :

  • le revenu net d’intérêts ;
  • le coût des dépôts ;
  • les provisions pour pertes de crédit ;
  • la valeur et la composition des portefeuilles de titres.

Les inquiétudes ne sont pas identiques à celles de la crise bancaire régionale de 2023. Les grands établissements disposent de bilans plus diversifiés et ont ajusté la gestion de certains risques. Reuters rapporte que les analystes n’anticipent pas, à ce stade, une répétition des pertes latentes qui avaient déstabilisé plusieurs banques en 2023.

Pour mieux comprendre l’effet des rendements sur les valorisations, BIZCONIA explique aussi pourquoi les taux d’intérêt influencent les actions de croissance.

Goldman Sachs et Morgan Stanley testeront les marchés financiers

Pour Goldman Sachs et Morgan Stanley, l’équation est différente. Ces deux groupes dépendent davantage du trading, de la gestion d’actifs et des activités de banque d’investissement.

Les cinq grandes banques américaines actives sur les marchés devraient générer environ 38 milliards de dollars de revenus de trading au troisième trimestre, selon des données compilées par Bloomberg et rapportées par le Financial Times. Ce montant resterait supérieur à celui de l’année précédente, mais marquerait un net ralentissement par rapport au deuxième trimestre.

Ce recul séquentiel doit être interprété avec prudence. Le troisième trimestre est généralement moins actif en raison de l’été. De plus, le trimestre précédent avait profité d’un environnement particulièrement favorable aux transactions et au trading.

Le véritable signal viendra probablement des perspectives. Les dirigeants voient-ils toujours un pipeline solide de fusions, d’introductions en Bourse et d’émissions de dette ? Les entreprises reportent-elles des opérations à cause de la volatilité des taux ? Les revenus du trading restent-ils suffisamment diversifiés pour compenser un ralentissement du conseil financier ?

Ces indications aideront à déterminer si la résistance actuelle de Wall Street repose sur une activité durable ou sur quelques trimestres exceptionnellement favorables.

ASML donnera le premier grand signal sur les dépenses en puces

Mercredi 14 octobre, l’attention se déplacera vers ASML. Le groupe néerlandais est le seul fournisseur mondial de machines de lithographie à ultraviolets extrêmes, ou EUV, indispensables à la fabrication d’une grande partie des semi-conducteurs les plus avancés.

ASML occupe ainsi une position particulière. L’entreprise ne fabrique pas elle-même les processeurs destinés à l’IA. Elle vend les équipements qui permettent à TSMC, Samsung, Intel et à d’autres fabricants de produire des puces toujours plus petites et plus performantes.

Ses résultats peuvent donc servir d’indicateur avancé des investissements industriels du secteur.

ASML avait relevé en juillet ses prévisions pour 2026. Le groupe vise désormais entre 43 et 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, avec une marge brute comprise entre 54 % et 56 %. Au deuxième trimestre, il avait généré 9,3 milliards d’euros de revenus et 2,9 milliards d’euros de bénéfice net.

La question ne sera pas seulement de savoir si ASML atteint ses objectifs trimestriels. Wall Street voudra examiner ses nouvelles commandes, le rythme de livraison de ses machines EUV et les indications fournies pour 2027.

Les commandes d’ASML devront confirmer le récit de l’IA

Les commandes d’ASML sont volatiles. Une seule machine peut coûter plusieurs centaines de millions d’euros, et le calendrier de signature dépend des projets d’usines de quelques clients majeurs. Un trimestre faible ne signifie donc pas nécessairement que la demande structurelle s’effondre.

Cependant, un ralentissement simultané des commandes, des livraisons et des prévisions aurait davantage de poids.

Les investisseurs surveilleront notamment :

  • les nouvelles commandes enregistrées ;
  • la demande pour les machines EUV ;
  • la cadence de production ;
  • la demande provenant des fabricants de mémoire ;
  • l’exposition au marché chinois ;
  • les prévisions de ventes pour 2027.

Les restrictions à l’exportation restent un risque important. ASML peut bénéficier de l’expansion des capacités destinées à l’IA tout en subissant une réduction de certaines ventes en Chine. Ses résultats devront donc distinguer ce qui relève du cycle technologique mondial et ce qui dépend des contraintes géopolitiques.

Il faudra aussi éviter une conclusion trop rapide : une hausse des commandes d’ASML ne garantit pas que toutes les nouvelles capacités seront immédiatement rentables. Entre la commande d’une machine, son installation, la qualification des lignes et la production commerciale, plusieurs trimestres peuvent s’écouler.

TSMC, le test le plus direct de la demande en puces d’IA

TSMC publiera jeudi 15 octobre. La conférence de résultats est prévue à 14 heures à Taïwan, soit 2 heures du matin sur la côte Est des États-Unis.

Le fabricant taïwanais occupe une place centrale dans la chaîne de valeur technologique. Il produit les puces conçues par des entreprises comme Nvidia, AMD, Apple et de nombreux autres groupes qui ne possèdent pas leurs propres usines de fabrication avancée.

Selon Reuters, le consensus d’analystes anticipe un bénéfice net trimestriel d’environ 746,3 milliards de dollars taïwanais, en hausse de 65 % sur un an. Une telle performance constituerait un nouveau record. TSMC a déjà annoncé une progression de 50 % de ses revenus trimestriels, ce qui place la barre très haut avant même la publication détaillée de ses comptes.

Cette croissance spectaculaire ne résoudra toutefois pas toutes les interrogations.

Wall Street voudra savoir quelle part provient réellement des accélérateurs d’intelligence artificielle, quelle part résulte des processeurs pour smartphones et ordinateurs, et si les capacités de production avancées restent saturées.

Les marges de TSMC compteront autant que sa croissance

La fabrication de puces avancées exige des investissements considérables. TSMC doit financer de nouvelles technologies de gravure, augmenter ses capacités de packaging avancé et construire des usines dans plusieurs pays.

L’entreprise bénéficie d’une forte demande, mais elle doit également gérer le coût des nouvelles usines, la montée en puissance de la production aux États-Unis, les dépenses liées aux technologies de 2 nanomètres, les besoins en packaging avancé comme CoWoS et la concentration de ses revenus auprès de grands clients technologiques.

Une croissance élevée accompagnée de marges solides renforcerait l’idée que TSMC conserve un pouvoir de fixation des prix et une avance industrielle importante. À l’inverse, une pression sur les marges pourrait signaler que le coût de l’expansion commence à rattraper la croissance des volumes.

La direction devra surtout préciser ses perspectives pour 2027. Les investisseurs voudront savoir si les commandes des hyperscalers et des concepteurs de puces restent suffisamment visibles pour justifier la poursuite des investissements.

Deux moteurs de Wall Street, mais une même question

Les banques et les semi-conducteurs semblent appartenir à deux univers éloignés. Pourtant, leurs résultats répondront à la même question : la croissance actuelle peut-elle résister à un coût du capital plus élevé ?

Pour les banques, des taux élevés peuvent soutenir les revenus d’intérêts, mais aussi peser sur la demande de crédit, le marché immobilier et les transactions financières.

Pour ASML et TSMC, le défi vient de l’ampleur des investissements nécessaires. Les data centers, les équipements de fabrication et les infrastructures énergétiques mobilisent des centaines de milliards de dollars. Tant que la demande progresse rapidement, ces dépenses peuvent paraître justifiées. Si les clients ralentissent leurs commandes, les valorisations pourraient devenir plus difficiles à défendre.

L’intelligence artificielle ne sera donc pas évaluée uniquement à travers les performances techniques des nouveaux modèles. Cette semaine, elle sera jugée à travers des éléments plus concrets : commandes de machines, capacités de production, marges, dépenses d’investissement et visibilité des contrats. L’essor de l’IA rapproche également deux secteurs autrefois analysés séparément, comme le montre notre analyse sur la consommation électrique des data centers.

Les événements à surveiller cette semaine

DateEntreprisesCe que les résultats permettront d’évaluer
Mardi 13 octobreJPMorgan, Citi, Wells Fargo, Goldman SachsCrédit, dépôts, revenu net d’intérêts, trading et banque d’investissement
Mercredi 14 octobreBank of America, Morgan Stanley, ASMLConsommateur américain, marchés financiers et commandes d’équipements pour semi-conducteurs
Jeudi 15 octobreTSMCDemande de puces avancées, capacités liées à l’IA, marges et investissements
Toute la semaineMarchés obligataires et pétroleCoût du capital, inflation et pression sur les valorisations

Ce qui constituerait une véritable surprise

Pour les banques, une surprise positive ne se limiterait pas à un bénéfice par action supérieur au consensus. Elle pourrait prendre la forme d’une croissance soutenue des prêts, de provisions maîtrisées et de perspectives solides pour le revenu net d’intérêts.

À l’inverse, une hausse marquée des défauts, une fuite vers des dépôts plus coûteux ou un ralentissement du pipeline de transactions signalerait que les taux commencent à peser davantage sur l’économie.

Pour ASML, la surprise se trouvera surtout dans les commandes et les prévisions. Une demande plus forte pour les équipements EUV conforterait le scénario d’une expansion durable des capacités de production avancées.

Pour TSMC, le marché voudra voir une combinaison plus exigeante : croissance, marges solides et visibilité sur 2027. Un trimestre record pourrait ne pas suffire si les dirigeants signalent un ralentissement des commandes ou une hausse plus rapide que prévu des coûts.

C’est tout le paradoxe de cette saison des résultats. Les chiffres peuvent être excellents et la réaction boursière décevante si les attentes étaient encore plus élevées. Notre guide sur les cinq chiffres à lire dans des résultats trimestriels permet de distinguer le bénéfice publié de la qualité réelle du trimestre.

Wall Street entre ainsi dans une semaine où les bénéfices passés serviront surtout de point de départ. Les banques devront montrer que l’économie américaine absorbe encore le choc des taux. ASML et TSMC devront démontrer que l’investissement dans l’intelligence artificielle reste un cycle industriel rentable, et pas seulement une promesse déjà intégrée dans les cours.

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue ni un conseil financier ni une recommandation d’achat ou de vente.

Sources consultées

Cet article est publié à titre informatif. Les données peuvent être révisées après leur publication initiale.

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