Wall Street commence la semaine entre deux forces opposées
Wall Street n’entre pas dans cette nouvelle semaine avec un récit unique. Le rapport sur l’emploi publié vendredi plaide pour davantage de prudence de la part de la Réserve fédérale. Le pétrole maintient pourtant une pression inflationniste, tandis que les rendements obligataires restent suffisamment élevés pour peser sur les valorisations.
Au milieu de ces tensions, le Nasdaq conserve un puissant moteur : l’enthousiasme entourant l’intelligence artificielle. L’indice a gagné près de 0,5 % la semaine dernière, alors que le S&P 500 a reculé de 0,3 % et le Dow Jones de 1,3 %. Dimanche à 18 heures, heure de New York, les contrats à terme progressaient légèrement, sans signaler de direction franche pour l’ouverture de lundi.
La question de la semaine n’est donc pas simplement de savoir si la technologie peut encore monter. Elle est plus exigeante : la croissance promise par l’IA suffit-elle à justifier les valorisations actuelles lorsque le coût du capital, de l’énergie et des infrastructures demeure aussi élevé ?
Le dernier rapport sur l’emploi a déplacé le débat monétaire, sans le résoudre. L’économie américaine n’a créé que 29 000 emplois non agricoles en septembre, contre environ 90 000 attendus par les économistes interrogés par Reuters. Le taux de chômage est passé de 4,1 % à 4,2 %. Les chiffres de juillet et d’août ont, en outre, été révisés à la baisse de 60 000 emplois au total.
La progression des salaires s’est modérée : le salaire horaire moyen n’a augmenté que de 0,1 % sur le mois et de 3 % sur un an. Le rapport n’indique pas nécessairement un effondrement du marché du travail. La participation à la population active a progressé, les licenciements ne se sont pas généralisés et plusieurs économistes décrivent encore une économie où les entreprises recrutent peu, mais licencient également peu.
Cette nuance compte pour Wall Street. Un ralentissement de l’emploi peut diminuer la nécessité d’une nouvelle hausse de taux. Il peut aussi révéler que l’activité perd de sa vigueur. La première lecture soutient les obligations et les actions de croissance. La seconde fragilise les entreprises dépendantes de la consommation.
Vendredi, les marchés estimaient à environ 20 % la probabilité d’une nouvelle hausse des taux en octobre, contre près de 65 % quelques jours auparavant. Cette estimation, issue des prix de marché, évolue continuellement et ne constitue pas une prévision certaine de la décision de la Fed.
La Fed : les minutes du 7 octobre peuvent modifier la lecture des taux
La Réserve fédérale publiera mercredi à 14 heures, heure de New York, le compte rendu de sa réunion des 15 et 16 septembre. Cette réunion avait conduit le FOMC à relever sa fourchette de taux directeur de 25 points de base, à 3,75–4 %, la première hausse depuis trois ans. La prochaine réunion est programmée les 27 et 28 octobre.
Les minutes ne sont pas une nouvelle décision. Elles donnent davantage de détails sur les discussions qui ont précédé la décision de septembre : arguments présentés, préoccupations des responsables et éventuelles divergences sur l’inflation, l’emploi ou le niveau approprié des taux.
Leur limite est temporelle. Elles décriront une réunion tenue avant le rapport très faible sur l’emploi de septembre. Le marché les lira donc à travers des informations que les responsables ne possédaient pas encore.
Un ton très préoccupé par l’inflation pourrait raviver le scénario d’un maintien prolongé des taux élevés, voire d’une hausse ultérieure. Une discussion insistant davantage sur les risques pesant sur l’emploi renforcerait l’idée d’une Fed plus patiente.
Dans les deux cas, la réaction se manifestera probablement d’abord sur les Treasury, le dollar et les valeurs technologiques. Les actions dont la valorisation repose sur des bénéfices attendus dans plusieurs années sont particulièrement sensibles aux changements du taux utilisé pour actualiser ces bénéfices.
Les taux longs sont redevenus un risque central
Le rendement du Treasury à 10 ans a atteint 5,342 % jeudi, son niveau le plus élevé depuis le début de 2002. Le taux de référence s’établissait encore autour de 5,28 % vendredi, selon les données quotidiennes du Trésor américain.
Ce niveau ne concerne pas seulement le marché obligataire. Le taux à 10 ans sert de repère à une grande partie du système financier américain. Lorsqu’il augmente, le financement immobilier, les emprunts des entreprises et le coût de certaines opérations financières peuvent devenir plus chers.
Il crée aussi une concurrence pour les actions. Si un actif public considéré comme relativement sûr offre un rendement supérieur à 5 %, les investisseurs peuvent devenir plus exigeants envers une entreprise technologique dont la valeur dépend d’une croissance future encore incertaine.
Les causes de la hausse dépassent la politique monétaire immédiate. Les investisseurs surveillent l’inflation, le déficit public américain, l’offre abondante d’obligations et les besoins de financement privés.
Reuters estime qu’Alphabet, Amazon et Microsoft ont émis environ 220 milliards de dollars de dette en 2026, plus du double du montant de l’année précédente, dans un contexte d’investissements massifs dans les infrastructures numériques. Ce chiffre montre l’échelle du financement recherché, mais il ne permet pas d’affirmer que l’IA est à elle seule responsable de la hausse des rendements. Les émissions du Trésor, les anticipations d’inflation et les mouvements internationaux restent des forces bien plus larges.
Notre lecture
Pour moi, le facteur clé cette semaine, ce sont les taux obligataires, parce qu’ils relient tout le reste : la Fed, le pétrole et même la valorisation des entreprises liées à l’IA. Le rendement du Treasury à 10 ans a atteint son niveau le plus élevé depuis 2002, avant que le rapport sur l’emploi de septembre — 29 000 créations de postes contre environ 90 000 attendues — ne fasse reculer les anticipations d’une nouvelle hausse des taux en octobre.
Je surveillerai donc d’abord la capacité des rendements à se stabiliser, ainsi que la réaction du marché aux données sur l’inflation et aux communications des responsables de la Fed. Le pétrole, avec un Brent supérieur à 100 dollars le baril, constitue mon deuxième point d’attention : une nouvelle progression pourrait rapidement raviver les inquiétudes inflationnistes.
Je ne fais aucune prédiction sur la direction du marché. Je cherche simplement à savoir si les taux se détendent durablement ou s’ils repartent à la hausse.
Pétrole : la pression inflationniste n’a pas disparu
Les sept membres de l’OPEP+ participant aux ajustements volontaires — Arabie saoudite, Russie, Irak, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman — ont décidé dimanche de maintenir pour novembre leurs niveaux de production requis de septembre. Leur prochaine réunion est prévue le 1er novembre.
Le maintien des objectifs évite une nouvelle réduction annoncée. Il ne garantit toutefois pas une augmentation effective de l’offre. Les perturbations liées au conflit impliquant l’Iran, les attaques contre des infrastructures et les difficultés d’exportation ont maintenu la production réelle de plusieurs pays sous leurs objectifs théoriques.
Vendredi, le Brent a terminé à 102,25 dollars le baril et le WTI à 91,11 dollars. Dimanche soir, le WTI évoluait autour de 91,87 dollars. Ces niveaux restent bien supérieurs à ceux observés avant l’escalade régionale de février.
L’effet sur Wall Street passe par plusieurs canaux. Un pétrole durablement élevé renchérit le transport, certains intrants industriels et les carburants. Les entreprises peuvent absorber ces coûts dans leurs marges, les transmettre à leurs clients ou combiner les deux.
Si la hausse nourrit les anticipations d’inflation, les rendements obligataires peuvent rester élevés même lorsque l’emploi ralentit. Les compagnies aériennes et les transporteurs deviennent alors plus sensibles, tandis que certaines sociétés énergétiques peuvent bénéficier de prix plus élevés.
Ce mécanisme n’est pas automatique. Un pétrole cher résultant d’une demande mondiale forte ne raconte pas la même histoire qu’un choc d’offre géopolitique. Cette semaine, c’est surtout le risque d’approvisionnement qui maintient la prime sur les cours.
L’ISM Services dira si l’économie résiste encore
L’Institute for Supply Management publiera lundi à 10 heures son indice des services pour septembre. Le calendrier officiel de l’ISM confirme cette date. Le rapport est particulièrement utile parce que les services représentent la plus grande partie de l’activité économique américaine.
L’indice principal ne suffira pas. Les marchés examineront aussi les nouvelles commandes, l’emploi et les prix payés.
Un indice plus solide que prévu confirmerait la résistance de l’activité, mais pourrait maintenir une pression sur les rendements si les prix payés restent élevés. Un rapport plus faible conforterait l’idée d’un ralentissement après le rapport sur l’emploi, tout en réduisant potentiellement le risque d’un resserrement monétaire immédiat.
Le paradoxe est clair : une donnée faible peut initialement aider les obligations et les valeurs sensibles aux taux, puis devenir négative si elle fait craindre une détérioration plus profonde de la demande.
Vendredi, l’enquête préliminaire de l’Université du Michigan sur la confiance des consommateurs apportera une autre pièce au dossier. Sa publication est prévue à 10 heures. Les anticipations d’inflation des ménages mériteront autant d’attention que l’indice de confiance lui-même.
Le grand rapport suivant sur l’inflation ne viendra pas cette semaine. Le CPI de septembre est programmé pour le mercredi 14 octobre à 8 h 30, selon le Bureau of Labor Statistics.
| Date | Événement | Pourquoi il compte | Actifs à surveiller |
|---|---|---|---|
| 5 octobre, 10 h ET | ISM Services de septembre | Activité, emploi, commandes et prix dans le principal secteur de l’économie | Treasury, dollar, S&P 500, valeurs cycliques |
| 6 octobre, après clôture | Résultats de Constellation Brands | Premier aperçu de la demande et des arbitrages du consommateur | Consommation, boissons, distribution |
| 7 octobre, 14 h ET | Minutes de la Fed | Débats ayant précédé la hausse de septembre | Treasury, dollar, banques, technologie |
| 7 octobre, après clôture | Résultats d’Applied Digital | Test du financement et de l’exécution des infrastructures IA | Data centers, énergie, valeurs IA |
| 8 octobre, vers 6 h ET | Résultats de PepsiCo | Prix, volumes, marges et résistance du consommateur | Consommation courante, distribution |
| 9 octobre, 10 h ET | Confiance des consommateurs du Michigan | Confiance et anticipations d’inflation des ménages | Dollar, obligations, consommation |
| 9 octobre, conférence à 10 h ET | Résultats de Delta Air Lines | Demande de voyages et impact du carburant supérieur à 90 dollars | Compagnies aériennes, transport, pétrole |
Les résultats testeront l’économie réelle et le boom de l’IA
La grande saison des résultats commencera réellement la semaine suivante avec les banques, mais plusieurs publications fourniront déjà des signaux utiles.
Applied Digital publiera mercredi après la clôture et tiendra sa conférence à 17 heures. L’entreprise exploite et développe des infrastructures destinées au calcul intensif et à l’IA. Elle a annoncé vendredi la mise en service de 75 mégawatts supplémentaires à Polaris Forge 1. À terme, ce campus est contractuellement destiné à fournir 400 mégawatts de charge informatique critique.
Le marché surveillera moins une formule générale sur la demande d’IA que des éléments concrets : capacité réellement livrée, calendrier des prochains bâtiments, financement, dépenses et contribution aux revenus. Applied Digital a notamment annoncé en juin une émission de 1,59 milliard de dollars de dette garantie destinée à financer un autre bâtiment de Polaris Forge 1. Son dossier réunit ainsi les deux thèmes de la semaine : la croissance des infrastructures IA et le prix du capital nécessaire pour les construire.
PepsiCo publiera jeudi vers 6 heures, avant une séance de questions à 8 h 15. Les volumes, les prix, les marges et les commentaires sur le consommateur permettront d’évaluer comment une grande entreprise de produits courants absorbe le renchérissement de ses coûts. Un seul groupe ne résume pas la consommation américaine, mais il offre un aperçu utile de l’arbitrage entre prix et volumes.
Delta Air Lines tiendra vendredi à 10 heures sa conférence sur les résultats du trimestre de septembre. Avec un WTI supérieur à 90 dollars, ses commentaires sur le carburant, les tarifs, la demande et les coûts seront particulièrement suivis.
Constellation Brands publiera également ses résultats mardi après la clôture. Associée à PepsiCo, cette publication aidera à observer le comportement du consommateur, sans permettre à elle seule de tirer une conclusion macroéconomique générale.
L’IA peut-elle soutenir Wall Street avec un capital aussi cher ?
Les dernières publications de Micron ont montré l’ampleur de la demande pour la mémoire utilisée dans les infrastructures d’IA. Google vient, de son côté, de présenter Gemini 4 Argon et une nouvelle étape vers des systèmes capables d’accomplir des tâches plus longues.
Ces avancées soutiennent l’idée que la demande de calcul, de mémoire, de stockage, de réseau et d’électricité restera considérable. Elles renforcent aussi les perspectives de revenus de certaines entreprises situées dans la chaîne de valeur.
Mais plus de demande ne signifie pas automatiquement plus de valeur pour chaque action. Les centres de données nécessitent des investissements initiaux massifs. Les entreprises doivent sécuriser des puces, de l’électricité, des terrains et des connexions réseau, souvent bien avant de percevoir la totalité des revenus associés. Lorsque les taux obligataires montent, le rendement minimal exigé pour justifier ces projets augmente lui aussi.
La question économique devient donc plus précise : les nouveaux revenus et gains de productivité progresseront-ils assez vite pour compenser les dépenses, le financement et la dépréciation des équipements ?
Applied Digital donnera cette semaine un aperçu du côté des infrastructures. Les grandes plateformes technologiques apporteront plus tard des réponses à travers leurs dépenses d’investissement, leurs revenus cloud et la monétisation de leurs produits d’IA.
Trois scénarios à surveiller
SCÉNARIO D’ÉQUILIBRE — L’ISM indique une activité encore solide sans nouvelle accélération marquée des prix. Les minutes de la Fed ne révèlent pas de durcissement inattendu. Le pétrole reste proche de ses niveaux actuels et les résultats confirment une demande correcte. Ce mélange pourrait contenir les variations sans résoudre la tension entre croissance et taux élevés.
SCÉNARIO DE PRESSION INFLATIONNISTE — Les prix payés dans l’ISM accélèrent, le pétrole repart franchement à la hausse et les minutes révèlent une forte inquiétude sur l’inflation. Les rendements pourraient alors revenir vers leurs récents sommets, rendant les valeurs de croissance plus sensibles.
SCÉNARIO DE RALENTISSEMENT — L’activité des services déçoit, les entreprises signalent un consommateur plus prudent et les indicateurs du travail continuent de faiblir. Les anticipations de hausse de taux pourraient encore reculer, mais les inquiétudes sur les bénéfices prendraient davantage de place.
Le scénario de la semaine pourrait aussi être bouleversé par un événement extérieur : perturbation pétrolière, annonce géopolitique, mouvement brutal du marché obligataire ou information majeure sur le financement de l’IA.
C’est précisément ce qui rend la période délicate. Les mêmes nouvelles peuvent produire des effets différents selon la force que les investisseurs jugent dominante : inflation, croissance, taux ou bénéfices.
Wall Street ouvre ainsi la semaine avec une technologie toujours porteuse, mais face à un test plus exigeant. L’IA doit désormais démontrer qu’elle peut créer des revenus et des gains de productivité à une vitesse compatible avec un pétrole cher, des rendements proches de sommets vieux de vingt-quatre ans et un marché du travail qui commence à ralentir.
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue ni un conseil financier ni une recommandation d’achat ou de vente.
Sources principales
- Federal Reserve — calendrier et documents de politique monétaire
- BLS — rapport sur l’emploi de septembre 2026
- BLS — calendrier des publications d’octobre 2026
- ISM — calendrier officiel des rapports PMI
- U.S. Treasury — taux quotidiens
- OPEP — décision du 4 octobre 2026
- University of Michigan — Surveys of Consumers
- Applied Digital — conférence du 7 octobre
- Applied Digital — 75 MW supplémentaires à Polaris Forge 1
- PepsiCo — calendrier des résultats du troisième trimestre
- Delta Air Lines — résultats du trimestre de septembre
- Reuters — rapport américain sur l’emploi
- Reuters — rendement du Treasury à 10 ans
- Reuters — décision de l’OPEP+
- Reuters — marchés obligataires et financement de l’IA
- Associated Press — semaine économique et Fed
- BIZCONIA — La Fed relève ses taux
- BIZCONIA — Taux d’intérêt et actions de croissance
- BIZCONIA — Résultats Micron Q4 2026
- BIZCONIA — IA et data centers
Cet article est publié à titre informatif. Les données peuvent être révisées après leur publication initiale.


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